BLACK LEGEND : les accords Blum-Byrnes

Milestones

01 Oct 2016 - par Tom

BLACK LEGEND : les accords Blum-Byrnes

Milestones

01 Oct 2016 - by Tom

Quand il s’agit d’évoquer la pénétration de la culture américaine dans notre très chère France, le cinéma saute évidemment à l’esprit. Et lorsqu’il faut évoquer la clé de voûte de ce que certains considèrent comme l’envahissement de nos toiles et de nos modes de vie par Hollywood, les accords Blum-Byrnes de 1946 sont immédiatement cités. Ces accords, pourtant essentiellement économiques,  sont encore aujourd’hui au cœur de la controverse, dans un débat teinté de politique, de passion et de partis-pris idéologiques. Tentons de démêler, à notre échelle, ce qui divise encore aujourd’hui les amateurs comme les spécialistes.  

 

Il a du bobo, Léon

Contextualisons. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la France doit se reconstruire, et pour cela elle choisit de s’endetter, influencée sans doute par les accords généreux récemment signés entre la Grande Bretagne et les États-Unis. Le gouvernement provisoire de Félix Gouin dépêche alors Léon Blum – célèbre moustache du front populaire de 36, figure de l’opposition au régime de Vichy et proche de l’ex-président Roosevelt – afin de négocier avec les compatriotes de l’Oncle Sam. Face à lui le secrétaire d’État James Byrnes, et droit devant des négociations qui vont s’étaler du 15 mars au 28 mai 1946.

Le choix de Blum en tant qu’ambassadeur spécial est déjà sujet à controverse : si certains ne comprennent pas le choix d’un socialiste pour la négociation d’un accord considéré comme strictement économique voire « business » – le Wall Street Journal titrera l’un de ses papiers « Quand Karl Marx rencontre le Père Noël » – d’autres le perçoivent comme un représentant idéal de la France au sortir de la seconde guerre mondiale : juif agnostique, condamné par Vichy puis déporté dans une annexe de Buchenwald. Il est finalement bien accueilli par « l’opinion » américaine, et va pouvoir négocier à bâtons rompus cet accord inscrit dans la cadre du plan Monnet.

Résultats chiffrés : un nouveau prêt de 650 millions de dollars, liquidation de 2 milliards 800 millions de dollars de dettes françaises contractées à l’égard des États-Unis, et la promesse de 500 millions supplémentaires sous forme de prêts de la Banque Mondiale. Une des contreparties à ces prêts concerne le retour du cinéma américain en France, après les années de censure sous Vichy. A la suite d’âpres négociations, on retient la formule du « contingentement d’écran » : 4 semaines de projection sur treize sont réservées aux seuls films français, les autres aux films étrangers.

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« Il ne peut en rester qu’un. »

Voilà ce qu’il en est des faits. L’interprétation de ceux-ci, dans une période coincée entre la fin de la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide, a alimenté le mythe de ce que l’on nomme aujourd’hui la légende noire des accords Blum-Byrnes.

Certains l’aiment froide

Deux courants, deux idéologies s’affrontent encore et toujours sur la signification et la portée accordée à ces accords. Pour les uns, cet accord est avant-tout né d’un besoin français, purement économique, préexistant à la guerre froide et à la constitution des blocs, symbolisée par les accords Marshall de 48, beaucoup plus généreux à l’égard des européens. Un simple écho de la célèbre phrase du président Hoover : « dans les pays où pénètrent les films américains, nous vendons deux fois plus d’automobiles américaines, de phonogrammes américains, de casquettes américaines ». Cet accord serait également le reflet d’une volonté occidentale, et non strictement américaine, de libéralisation des échanges. Ce courant critique vertement la volonté de propagande et la récupération politique des adversaires de cet accord, arguant d’un supposé sentiment de déséquilibre dans l’interpénétration culturelle, à une époque où la culture française fait moins recette qu’auparavant outre-atlantique. Pour les autres, cette dynamique de libéralisation était un moyen pour les États-Unis d’imposer leur hégémonie au reste du monde, dont Hollywood et les accords de 46 auraient été un vecteur décisif. Une aliénation de l’indépendance culturelle française et le début de l’acceptation de la tutelle américaine : c’est la légende noire des accords Blum-Byrnes.

 

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(photo de la belle et la bête) « Une cuillère pour papa… »

Avis aux amateurs désireux d’aller plus loin : Annie Lacroix-Riz et Irwin M.Wall se sont longuement étripés sur le sujet via leurs travaux universitaires respectifs. Chacun pourra se faire son idée, ou plus probablement conforter celle qui est déjà la sienne.

Mais l’industrie cinématographique dans tout ça? Les chiffres sont contrastés : 86 films français en 1946, et 103 en 1949 face aux 140 films américains. Les semaines où les films américains étaient autorisés, les films français restaient présents dans la moitié des salles, et l’audience reste globalement partagée. Rappelons que dans les années 30, les écrans français étaient régis par des accords de contingentement avec l’étranger, qui autorisaient déjà 188 films américains doublés par an (plus une cinquantaine de films en version originale).

La grogne fût diversement partagée au sein du paysage cinématographique français, entre défenseurs de ce qu’on appellera plus tard « l’exception culturelle » française, et distributeurs et exploitants attirés par la manne financière que représente le cinéma américain. Le dimanche 4 janvier 1948, plus de dix mille personnes défilèrent sur les grands boulevards Parisiens, avec à leur tête, les cinéastes Jacques Becker, Louis Daquin ainsi que les acteurs Jean Marais et Simone Signoret. S’ensuivit une renégociation des accords Blum-Byrnes, avec quatre semaines supplémentaires d’exclusivité par an pour le cinéma français ainsi qu’un contingent d’au maximum 121 films américains chaque année. Une taxe de 10,9% sur tous les billets fût créée afin de financer un fonds d’aide à l’industrie cinématographique, taxe subsistant encore dans son principe aujourd’hui.

 

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« Qui ne saute pas n’est pas Francais »

Notons que, nonobstant toute considération politique, économique ou idéologique, les amoureux du 7e art s’accorderont sur le fait que c’est bien le cinéma qui est sorti gagnant, les deux côtés de l’Atlantique nous ayant abreuvé de chefs d’œuvres dans la période qui suivit, avec pour la seule année 46 : La belle et la bête de Cocteau, La vie est belle de Capra, Les enchaînés d’Hitchcock, Le grand sommeil de Hawks, La Symphonie Pastorale de Delanoy, ou encore Night In Casablanca (avec Les Marx Brothers). Une liste loin d’être exhaustive.

McDo, c’est pas toujours beau, mais Dean Martin si.

 

Nyne à la recherche du temps perdu

Asur mélange volontairement ses pinceaux

Né dans la région parisienne, Thomas Larabi commence le piano à 5 ans et l'écriture, comme tout le monde, à 6. Depuis, il travaille parallèlement ces deux passions, via la soul-music d'un côté, et la rédaction web de l'autre.
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