TAKE FIVE : le standard qui a failli passer à la trappe

Ghetto blaster

12 Oct 2016 - par Médo

TAKE FIVE : le standard qui a failli passer à la trappe

Ghetto blaster

12 Oct 2016 - by Médo

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Composé lors de la fameuse année 1959, période charnière du jazz, le morceau « Take Five » ne devait être qu’une piste de remplissage au départ. Initialement écrite pour faire briller le batteur du quartet de Dave Brubeck, le chef d’œuvre résonne toujours dans nos oreilles aujourd’hui, plus d’un demi siècle plus tard. Considéré comme un véritable standard, il a traversé le temps sans prendre une ride, se distinguant par sa structure musicale si originale à l’époque.

En plein dans le mille

Après plusieurs années remarquées sur la scène américaine, le « Dave Brubeck Quartet » a atteint une sorte de consécration avec l’album « Time out » (temps mort). Faisant régulièrement allusion au battement de la mesure, il reflète à merveille tous les efforts consentis par des musiciens constamment en quête d’un vent nouveau. L’ensemble d’une trentaine de minutes deviendra rapidement extraordinaire, se vendant chez les disquaires du monde entier. Si Dave Brubeck en a composé six des sept morceaux, dont l’incontournable valse « Three for six », réadaptée en Français par Claude Nougaro (Le jazz et la java) entre autres, il s’agit bien de Paul Desmond qui a écrit « Take Five », à savoir la fameuse septième piste qui se distinguera des autres. Originale dans un premier temps, elle résonne toujours dans nos oreilles, que ce soit à la télévision ou à la radio. Comme son nom l’indique (take five : prendre une pause de cinq minutes), il est temps de se relaxer et d’oublier les minutes qui s’égrainent.

Take Five (1959) :

Au départ, Dave Brubeck pensait que son illumination conviendrait parfaitement à un solo de batterie pour Joe Morello. Paul Desmond lui, qui méprisait ce dernier, songeait même à tout jeter à la poubelle, tellement il n’était pas satisfait du rendu final. Pourtant dès la première écoute, le public fut rapidement conquis et ne se préoccupa pas du tout de la relation glaciale entre Desmond et Morello. Il n’a pas l’habitude de cette construction mélodique si atypique, même si le concept existe déjà. Sans rentrer dans les détails, « Take Five » sonne l’avènement de l’anti-conformisme. Tandis que le  » bop » sévissait quasi partout en Amérique du nord, le cool-jazz venait là de trouver son hymne à l’orée des années 60, tout aussi expérimentales elles-aussi. Les transistors ont tous repris en chœur l’hymne à la quiétude, y compris hors des sentiers battus.

Le fruit de leur union

Paul Desmond et le pianiste Dave Brubeck se sont rencontrés lors du service militaire. Une amitié quasi-fraternelle, les menant jusqu’à se retrouver une fois sortis des ordres. Ils s’essayent une première fois avec un album enregistré en octet (huit musiciens), mais l’échec est cuisant. La séparation devient du coup, une porte de secours idéale et Desmond retourne en Californie se faire les dents sur son alto. Ce n’est qu’en 1951 que les deux binoclards décident de se retrouver, chacun ayant façonné son expérience à sa guise. Ils essaient de nombreux zicos à la rythmique (contrebasse et batterie), avant de trouver leur bonheur avec deux perles nommées Joe Morello, dont on dit que du bien, et Eugène Wright, un contrebassiste afro-américain qui contribuera énormément à l’image cool et mixte que veut imprimer le quartet de Brubeck lors des nombeuses représentations publiques.

photo Time out

L’ensemble a beaucoup bossé et le succès est au rendez-vous sitôt les premiers opus dans les bacs (Jazz at Oberlin en 1953 et Jazz goes to college en 1954). Sous la houlette du producteur-saxophoniste Teo Macero, qui a notamment bossé avec Charles Mingus, ils s’enferment dans les locaux des Studio Columbias de New York, sans se rendre compte qu’ils vont par la suite bouleverser la planète, suspendre le temps grâce à un 33 tours. « Take Five » se situe en toute fin de face A, en compagnie du Blue Rondo a la Turk inspiré de Mozart, puis de Strange Meadow Lark à la structure beaucoup plus classique. Il ponctue avec grâce l’ensemble, ce qui lui vaudra tant d’éloges de la part des critiques du pays. Les étudiants du prestigieux Berkelee College of music, l’immortaliseront parmi de nombreux standards au sein du premier Real Book, qui recensent aujourd’hui encore les perles du jazz.

La Croix-Rouge ouvre les vannes

Take Five peut s’écouter dans tout contexte. Source d’inspiration pour de nombreux musiciens par la suite, il a donné des idées à son compositeur lui-même, qui a continué avec des créations comme Take Ten, qui sonne tout aussi familier. Ecrivain refoulé depuis sa jeunesse, Paul Desmond a surfé sur la vague de la composition musicale, soit en solo, soit à l’ombre des illuminations de son complice Brubeck, du régiment des réformés de l’infanterie. Il aura tout de même réussi avant sa mort en 1977, à publier une nouvelle comique au sein de la revue Punch (How many of you are there in the quartet ?), profitant de la dissolution du fameux quartet en 1967. D’autres rencontres ont été importantes dans sa vie mélodique. De Gerry Mulligan à Chet Baker, en passant par le guitariste Jim Hall, amateur de bossanova tout comme lui. Il faut dire que la douceur reconnue de son jeu s’y prêtait à merveille.

ST-362-15-62 August, 1962 Alto saxophonist Paul Desmond and jazz pianist Dave Brubeck of The Dave Brubeck Quartet perform at a concert for the White House Seminar Program. White House, Washington. D.C. Please credit "Cecil Stoughton. White House Photographs. John F. Kennedy Presidential Library and Museum, Boston"

Le saxophoniste alto Paul Desmond et le pianiste de jazz Dave Brubeck

Mais Desmond avait un côté beaucoup plus décalé, rendant son personnage à la fois attachant, tout aussi méprisant. Doté d’un cynisme hors pair, il maîtrisait l’auto-dérision jusqu’à se définissant lui-même comme le saxophoniste le plus lent du monde. Né Paul Breitenfeld en novembre 1924, il vivra à peine plus de cinquante ans, rongé par l’excès de clopes et d’alcool, victime d’un cancer du poumon. Quant à Take Five, il l’aura légué à la Croix-Rouge de son vivant, mettant les choses au clair sur la question des juteux « royalties » qui en découlent encore et toujours. Paix à ton âme Paul, et merci de t’être ravisé après la première écoute de cette si belle composition.

La superbe version en Français de Richard Anthony (Ne boude pas- 1962)

Version jazz funk de Georges Benson (1979) :

Cette fois, orchestrée à la sauce Quincy Jones (1983) :

Dernière version, plus ska mais tout aussi cool du New York Ska Jazz Ensemble (2008)

(Sources : www.us-full.com)

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Bercé par la culture nord-américaine depuis sa tendre enfance, Mehdi a longtemps été journaliste sportif en France et à proximité. Il reste également, un grand passionné de jazz et d'histoire de la musique.
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